"La rivière du sixième jour"
de Norman MACLEAN
"La rivière du sixième jour"
De Norman MACLEAN
Editions Deuxtemps Tierce (ISBN : 2-903144-75-3)
ou Editions Rivages poches. (ISBN : 2743601957)On ne dira jamais assez aux pêcheurs (aux autres aussi d'ailleurs) qu'il faut absolument lire "La rivière du sixième jour". Pour ma part j'ai bien dû l'offrir une dizaine de fois.
L'auteur américain, Norman MacLean, a été professeur de littérature pendant quarante ans. C'est à 73 ans, vers 1976, qu'il a écrit ce récit dont la pêche est le fil rouge de toute une vie.
Peu après la sortie de ce roman je me souviens avoir lu que certains écrivains américains renommés étaient devenus sérieusement jaloux de son énorme succès.
C'était le premier livre du vieux professeur et, face à la qualité du texte et du récit, les aimables confrères commençaient à se faire sacrément du souci à cause de l'ombre que risquaient de leur faire les futurs romans du petit nouveau si ils devaient tous être de cette qualité Il n'y en a pas eu. Maclean est mort en 1990 sans avoir rien écrit de plus. Les jaloux commençaient à se détendre quand, pas de chance pour eux, Robert Redford, l'année suivante, lançait sur les écrans du monde entier le film "Et au milieu coule une rivière", l'adaptation cinématographique du roman qui classa une fois pour toutes le texte dans les grands classiques de la littérature américaine.."N'empêche que pendant toute notre enfance, écrit l'auteur dès les premières lignes de son livre dont il ne savait encore rien du succès qui l'attendait, notre emploi du temps habituel à Paul et à moi, comportait à peu près autant d'heures de leçons de pêche à la mouche que d'heures consacrées à toutes les autres disciplines spirituelles réunies". Et voilà les dix premières pages consacrées à l'étonnante et édifiante éducation de l'auteur et de son frère par leur Papa Pasteur. Le ton est donné, il ne se passera pas dix minutes de lecture que la pêche ne soit évoquée à gros bouillons (ce qui n'est malheureusement pas toujours le cas dans le film).
Vers la 20ème page il y a une leçon (donnée dans un canyon) pour réussir le difficile et souvent nécessaire lancer "roulé" si délicat à bien maîtriser.
Maclean en profite pour glisser là des conseils et remarques pour ne pas être vexant envers d'autres pêcheurs. Ca peut être utile
110 pages plus loin (selon l'édition le livre en fait à peu près 150) il y a une description très belle et très instructive du frère de l'auteur lorsqu'il "improvise" sa façon de pêcher une rivière entre soleil et ombre Instinct, expérience. Observation à l'état pur.Et puis des phrases tir au but comme celle-ci : "Il y a dans tout pêcheur quelque chose qui tend à faire de l'univers de la pêche un monde parfait, un monde à part. Je ne sais pas ce que c'est, je ne sais pas où ça se loge
Nous serions sans doute, beaucoup d'entre nous, meilleurs pêcheurs, si nous ne passions pas autant de temps à guetter le moment où le monde va enfin devenir parfait" .Et cette autre lorsqu'il évoque les larves rampantes au fond des rivières avant qu'elles n'éclosent tardivement à la surface pour s'envoler sous forme d'insectes éphémères : "En fait, si on pense à la vie humaine, on voit bien que la plus grande partie se passe à marcher pesamment au fond de l'eau pour un bref moment d'envol, trop tôt et déjà trop tard."
Pour Norman Maclean, à l'évidence, le temps de cet envol aura été celui consacré à l'écriture de cet unique et très beau roman.Simon Najard
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